Philippe Hérard (1966)

Bibliographie

 

Né en 1966, Philippe Hérard, artiste peintre prolifique, façonne depuis plus de 35 ans une œuvre poétique, fantasque, absurde, et onirique qui surprend autant qu'elle séduit. À travers une imagerie inattendue, il traduit ses questionnements profonds sur l'Homme et la société qui le modèle.

 

Chaque toile de Philippe Hérard reflète des thèmes universels tels que la solitude, le désir d'évasion, la rêverie, exprimant ainsi une quête subtile d'équilibre entre identité collective et estime de soi. Avec ses propres codes artistiques, Philippe Hérard entraîne notre imaginaire dans une réalité nouvelle, débarrassée des contraintes absurdes qui perturbent autant qu'elles fascinent, offrant des représentations hors des conventions.

 

L'artiste se met en scène dans une imagerie décalée qui abonde dans son esprit tirée de son observation quotidienne de ce qui l’entoure et utilisant la peinture comme un exutoire libérateur. Ses œuvres, véritables bulles hors du temps, échappent à toute logique de comportement, créant ainsi un échange intime avec le spectateur.

 

À travers une lecture poétique et décalée du monde, Philippe Hérard explore la manière dont l'Homme interagit avec son environnement et ses semblables. Chaque composition, principalement sur toile et carton, ouvre de nouvelles histoires mettant en scène des figures telles que l'Homme Pagaie et l'Homme Bouée, questionnant ainsi la condition humaine avec un humour subtil.

 

En 2009, Philippe Hérard décide d'étendre son art à l'espace urbain en apposant ses personnages sur de grands collages. Durant le premier confinement en 2020, loin de Paris, il réalise quotidiennement une peinture, expérience qu'il immortalise dans l'ouvrage "Un jour un carton", traitant de la solitude. Malgré le deuxième confinement, l'artiste, cette fois coincé dans la capitale, utilise sa sortie quotidienne autorisée pour exposer ses nouvelles créations en les collant sur les murs de Belleville, démontrant ainsi que même en période d'isolement, l'art demeure une force créative inaltérable.

 

Crédit photo portrait: Philipp Hugues Bonan (PHB)

 


Encore quelques œuvres disponibles de Philippe Hérard à la Galerie


Entretien entre Catherine Pennec et Philippe Hérard le 6 mars 2024

 

Photo : Philippe Hérard, collage sur mur "Duo Pyrénées " 2019.   Deux personnages iconiques  de Philippe: "l'Homme Bouée" et " l'Homme Pagaie"

 

CP : Philippe, d’où vient cette vocation artistique? Quel a été votre cheminement ?

 

PH : J’ai découvert la peinture à l’âge de 13 ans, grâce à mon grand-oncle, prêtre et peintre, alors que j’étais immobilisé tout l’été en raison d’une jambe entièrement plâtrée. Il m’a appris à dessiner et à peindre. Il a aiguisé mon regard.

 

Depuis, je n’ai jamais cessé de dessiner et de peindre. En classe de 3ième les pages de mes cahiers étaient couverts à 80% de dessins . J’ai d’ailleurs été renvoyé du collège tant les autres disciplines ne m’intéressaient pas.

 

J’étais trop jeune pour aller à Paris. Alors mes parents m’ont envoyé faire une formation à Reims de « décoration, peintre en lettres ». On nous apprenait à peindre notamment des enseignes, du faux bois et du faux marbre dans les immeubles ou commerces.

 

Vers l’âge de 16 ans j’intègre l’Ecole Charpentier à Paris pour une formation de trois ans dans le domaine du dessin, du graphisme et de l’illustration publicitaire. J’ai beaucoup appris durant cette formation avec le support de professeurs très exigeants.

 

Mon diplôme en poche, je travaille ensuite dans des agences de publicité pendant  deux ou trois ans. Je m'ennuie rapidement car j'ai peu de marge de manœuvre. Je reviens alors vivre en Champagne et je monte ma propre agence. Cette expérience est relativement courte du fait de ma faible appétence pour la prospection commerciale et la gestion. J’ai cependant durant cette période fait quelques rencontres marquantes, comme celle du Président de l’Association des Peintres en Champagne qui organise des expositions d’artistes locaux de qualité. Cette rencontre me booste et me permet de poursuivre la peinture alors que je commence à me recroqueviller dans mon quotidien. Cette personne me fait comprendre qu’il me sera tout aussi compliqué d’être reconnu en tant que graphiste/publicitaire qu’en tant qu’artiste peintre. Quitte à ce que le chemin soit difficile, autant privilégier la voie qui m’apportera le plus de satisfaction. De toute évidence pour moi cette voie est la création artistique. Je fais donc le choix de revenir à Paris, de me consacrer à ma production artistique, en assurant mon quotidien par une succession de petits boulots alimentaires (livreur, réfection d’appartements, décoration intérieure, déménageur,….).

 

A cette époque cependant, j'ai peu l'occasion de présenter cette production artistique, même si elle rencontre son public auprès de quelques galeries de province. Puis vient la crise financière de 2008 et j’assiste à la disparition d’un certain nombre de ces galeries et me retrouve avec quantité de toiles qui ne sont plus exposées, notamment  la série sur « l’Homme Bouée ». Alors je décide de les montrer sur les murs de Paris et ce personnage coincé dans sa bouée va désormais voyager sur les murs du XX ième arrondissement.

 

A l’époque, je ne connais rien du Street Art. Ma compagne découvre un jour que sur Internet sont postées des photos de « l’Homme Bouée ». Un dialogue s’établit alors avec un public qui s’éprend de mes collages aux murs, ainsi qu’avec un certain nombre d'artistes.

 

Et je découvre ainsi tout un monde qui prend en photo, reproduit, voire détourne mes créations. Il faut dire que ans ces années-là (2009- 2010) je ne signe pas mes œuvres et cela suscite la curiosité des passants et internautes : « qui est l’artiste qui fait cela ?». Petit à petit, je rencontre des gens du milieu artistique et suis approché par la Galerie du Cabinet d’Amateurs dans le XXI ième arrondissement qui me propose une exposition en 2014. C'est un succès. Tout est vendu en peu de temps. Quelques expos institutionnelles  me sont également proposées. L’une entre elles m’a beaucoup marqué, celle dans l’ancienne prison pour femmes de Doullens en Picardie. Le lieu porte encore les traces de tant de destins  tragiques de femmes.

 

CP : Le même phénomène d’engouement viral semble s’être produit cette fois sur les réseaux sociaux en 2020 au moment du confinement, n’est-ce pas ?

 

PH : Effectivement. Durant le premier confinement, j’étais auprès de ma maman qui vit à la campagne dans la Marne. Cela a été pour moi une période féconde. Car cette période était en effet quelque peu ubuesque et non dénuée de paradoxes. Un terreau propice à l’imagination et à la création. J’ai donc essayé de traduire en « langage peinture » les questionnements et angoisses de ceux qui, dans ce contexte, se sentaient seuls, en ville notamment. Chaque jour, une nouvelle création. Un internaute m’a alors demandé si j’envisageais de poster tous les jours un carton. Je me suis pris au jeu et j’ai tenu une bonne cadence pendant 56 jours. Je sais que cela a accompagné le quotidien d’un certain nombre de personnes et tant mieux. Toutes ces œuvres ont été rassemblées dans un ouvrage intitulé « Un jour, un carton » , édité fin 2020.

 

CP : Justement parlons de ce medium, le carton. Pourquoi ce support ?

 

PH : Ce qui, dans mon travail, relie la rue à la galerie, c’est le support : les cartons, le bois, certains papiers, les ardoises. Tous ces matériaux, je les trouve à l’extérieur. C’est ce qui fait le lien entre mon travail dans la rue et mon travail destiné aux galeries.

 

CP : Et la bouée, la pagaie, le tuba, quel sens ont-ils pour vous ?

 

PH : C’est l’idée du sauvetage. La bouée, c’est pour ne pas couler. La pagaie c’est pour pouvoir bouger ou s’évader. Le tuba, c’est pour trouver de l’air. Et puis j’avais déjà l’Homme Bouée, avec ses bras coincés dans une bouée, il me fallait bien un "Homme Pagaie » (un homme "pas gai")….  puis un "Homme Tuba".

 

CP : Pour quelle raison vous mettez-vous en scène dans de très nombreux tableaux ?

 

PH : Je me mets en scène parce que « je m’ai sous la main ». Donc c’est pratique. Idem pour mes proches et copains, je les ai sous la main. Et puis c’est à travers la peinture que je m’exprime le mieux.

 

CP : La vache est souvent représentée dans vos œuvres ….

 

PH : C’est vrai. J’aime les « Meuh », j’ai grandi avec elles à la campagne. J’aime les placer dans un endroit incongru, comme la ville. Surtout collées au mur, ça change des oiseaux et des papillons . Pareil pour les poissons.

 

CP : Faites- vous partie d’un collectif de Street Art ?

 

PH : Non, je n’en ressens pas le besoin. Je me sens proche de certains de mes collègues artistes du mouvement Street Art, ceux qui évoluent dans un univers figuratif et qui ont une histoire à raconter. Il faut que ça sorte des tripes pour que leur travail me plaise et me touche.

 

CP : Vous venez aujourd’hui-même de coller une peinture réalisée sur papier kraft sur le mur d’un commerce de Clermont-Ferrand, qui représente un Homme Tuba. Allez-vous en réaliser d’autres dans notre ville ou aux alentours ?

 

PH : Non. L’idée était simplement de faire découvrir mon travail au travers de différentes techniques et supports à la fois dans votre galerie et dans la rue. Je découvre Clermont pour la première fois. C'est l'hiver mais le ciel est bleu et ce quartier du Mazet, proche de votre galerie, me plait. Si cette peinture collée au mur permet de découvrir une partie de mon travail et conduit les pas des plus curieux vers votre galerie dans laquelle sont exposés mes tableaux, j’en serai très heureux.

 

Peinture sur papier kraft encollée au mur d'un commerce de Clermont-Ferrand le 6/03/24

Œuvre réalisée le mercredi 6 mars 2024 par Philippe Hérard sur le mur du tabac du Mazet. Cette fois-ci le personnage iconique est un "Homme Tuba"....