Artiste peintre contemporaine exposée à la Galerie Catherine Pennec à Clermont-Ferrand en Auvergne (France) en mars et avril 2026
Biographie
Artiste autodidacte, Lydie Bonnaire développe depuis l’enfance une pratique du dessin et de la peinture guidée par l’intuition et l’émotion. Son parcours prend un tournant décisif en 1987, lorsqu’une rencontre sur le tournage de La Bohème de Puccini lui ouvre simultanément les portes de l’opéra et de la peinture à l’huile. Bouleversée par la voix de Barbara Hendricks et fascinée par l’atelier de Marcel, elle reçoit sa première boîte de couleurs à l’huile, avec laquelle elle réalise La Mort de Carmen.
Parallèlement à son travail pictural, Lydie Bonnaire exerce comme costumière pour le cinéma. Ce dialogue constant entre image fixe et image animée nourrit son approche plastique : le cinéma influence son rapport à la couleur, à la lumière et au cadrage, une empreinte particulièrement perceptible dans ses portraits.
Son œuvre se concentre principalement sur le portrait féminin, souvent inspiré de photographies du début du XXᵉ siècle. À travers ces figures intemporelles, chaque toile instaure un espace de silence et de contemplation, où le regard du modèle rencontre celui du spectateur, tissant un lien intime et suspendu.
Sa démarche est libre, instinctive, portée par une recherche de sincérité. Chaque peinture devient un lieu d’écoute intérieure, où l’émotion prime sur la narration, laissant émerger une présence à la fois fragile et affirmée.
Expositions personnelles
2026 | CLERMONT-FERRAND | "Face à Face" | Galerie Catherine Pennec
2025 | VINCIENNES | Espace culturel Cœur de Ville, Vincennes
2021 | PARIS | Christine Lacour (exposition privée)
2019 | PARIS | Galerie Chappe
2017 | PARIS | Galerie Gaëlle M
2016 | CÉLESTAT | Galerie La Ligne Bleue
Oeuvres de Lydie Bonnaire, issus de l'exposition "Face à Face", disponibles à la galerie
Entretien entre Catherine Pennec et Lydie Bonnaire - Février 2026
Catherine Pennec
Votre pratique artistique semble s’être construite sur un temps long, presque souterrain. Comment est née cette relation précoce au dessin et à la peinture, et comment a-t-elle évolué jusqu’à devenir centrale dans votre vie ?
Lydie Bonnaire
Oui, en effet sur un temps assez long car il date de l’enfance.
Les enfants, quoi qu’il en soit, dessinent beaucoup de manière naturelle chez eux et aussi dans le cadre scolaire. Pour ma part c’était une toute petite école d’un village du Puy-de-Dôme : Champs. J’adorais les crayons de couleurs et les gommes.
Plus tard, j’aimais emprunter le journal de mon père dans lequel il y avait des esquisses et des croquis de mode que je tentais de reproduire.
C’était aussi un moyen pour moi de m’isoler, des moments de retrait, surtout quand on grandit dans une grande fratrie.
La peinture est venue plus tard et s’est imposée vraiment comme un moyen d’expression fort.
Je pense que l’aspect souterrain était surtout que je n’avais pas le choix. J’ai du comme tout à chacun travailler pour subvenir à mes besoins et que la peinture était plutôt en parallèle que en souterrain.
Aujourd’hui, à mon âge, je découvre finalement que la vente de mes tableaux peut aussi aider à subvenir à mes besoins.
Catherine Pennec
Vous évoquez souvent l’année 1987 comme un moment fondateur, lors du tournage de La Bohème de Puccini. Que s’est-il joué pour vous à cet instant ? Et comment expliquer que l’acte de peindre se soit imposé à ce moment précis de votre parcours ?
Lydie Bonnaire
En 1987, je devais rejoindre un ami sur le décor du tournage de la Bohème. Lorsque je suis arrivée dans cette cour d’immeuble qui avait été entièrement décorée pour les besoins du film, j’ai assisté à une répétition de Barbara Hendricks et de José Carreras tous deux habillés en costumes d’époque. En franchissant cette porte, j’ai fait un saut dans le passé et j'ai été bouleversée par les voix des chanteurs.
Puis on m’a invitée à monter au dernier étage de l’immeuble dans lequel un autre décor avait été construit : un atelier de peintre. Je ne pourrais l’expliquer mais quelque chose de familier se dégageait de cette atmosphère : je me suis sentie chez moi .
À la fin du tournage à ma grande surprise, on m’a offert tous les accessoires et les tubes de couleur à l’huile qui avait servi au décor.
Le soir même, chez moi, je me suis surprise à peindre sans avoir évidemment aucune technique. J’ai peint toute la nuit et ce fut pour moi une révélation.
Catherine Pennec
Votre double activité de peintre et de costumière crée un dialogue singulier entre image fixe et image animée. Comment le cinéma nourrit-il votre regard de peintre ? Que vous apporte-t-il dans votre manière d’aborder la lumière, les couleurs ou la composition ?
Lydie Bonnaire
Il y a sûrement un parallèle car bien sûr en préparation de films, ainsi qu’en tournages, la notion de l’image, de la couleur, de la lumière est fondamentale. Même si il y a une ligne de direction artistique, l’imagination, à la lecture d’un scénario, est importante pour la création. Me concernant le cinéma est lié à ce que vont incarner les acteurs et l’émotion qui en découle. C’est là ma principale vision qui pourrait nourrir ma peinture, avec également le costume qui identifie les personnages.
Catherine Pennec
Vos portraits prennent souvent appui sur des photographies des années 1920–1930. Qu’est-ce qui vous attire dans cette période des Années folles ? Que représentent pour vous ces visages issus d’un autre temps ?
Lydie Bonnaire
J’ai toujours aimé les photos anciennes pas seulement celle des années folles.
Je pense que c’est la transition entre la peinture et les premières photographies. Je suis absolument fascinée par le rapport qu’ont les sujets à l’objectif du photographe.
Il y avait quelque chose de sacralisé, des instantanés qui capturent le temps, l’époque, le moment. Aussi forcément tous ces gens ont disparu aujourd’hui, mais je me suis toujours posée la question quelles étaient et ont été leurs vies, comment occupaient-ils/elles leur journée, est-ce qu’ils/elles étaient heureux etc…et puis surtout leurs regards
Catherine Pennec
Pourquoi le portrait est-il devenu votre territoire d’exploration privilégié ? Qu’est-ce que cette forme vous permet d’exprimer que d’autres genres ne permettraient pas ?
Lydie Bonnaire
J’ai toujours aimé le portrait. Dans les grands musées, j’aime les portraits de toutes les époques, ça rejoint ce que je dis précédemment par rapport à la photo, c’est un contact direct avec le spectateur, un échange par le regard de quelqu’un qui a existé ou pas, c’est une rencontre. Un face-à-face comme le titre de l’exposition mais c’est aussi un face-à-face avec moi qui le peint.
Catherine Pennec
Quelles sont vos influences artistiques, en peinture comme en photographie ? Y a-t-il des artistes ou des regards qui vous accompagnent durablement dans votre cheminement ?
Lydie Bonnaire
En photographie, j’aime énormément Auguste Sander entre autres et Sarah Moon.
Aussi en peinture, les portraits de Van Gogh sont très bruts et vivants.
Les couleurs chez Klimt ou Gauguin, Matisse...
Catherine Pennec
La musique semble constituer une présence constante dans votre univers créatif, depuis votre découverte de l’opéra. Quelles musiques accompagnent aujourd’hui votre travail en atelier ?
Lydie Bonnaire
Oui la musique est très présente, indispensable quand je peins, j’écoute essentiellement du classique et je trouve que le clavecin est totalement transcendant pour accompagner la création de tableaux.
Catherine Pennec
Et du côté de la littérature, quelles lectures nourrissent votre imaginaire ou votre sensibilité ?
Lydie Bonnaire
J’aime en général les récits romanesques, Balzac, Maupassant, également Stefan Zweig, qui à la lecture est très riche en visuels.
Les auteurs originaires des pays de l’Est comme Kundera me plaisent beaucoup. En plus contemporains : Amélie Nothomb et Emmanuel Carrere.
Catherine Pennec
Pouvez-vous nous décrire votre processus de création ? À quoi tout commence-t-il : une image, une émotion, une résonance intérieure ? Comment un tableau prend-il forme ?
Lydie Bonnaire
Ce n’est jamais vraiment la même chose. Ça peut être une lumière sur un paysage, marcher en forêt, un rêve, une musique, une image, qui devient alors une nécessité absolue de transposer en couleur sur la toile.
Catherine Pennec
Votre peinture se distingue par la douceur des carnations, la profondeur des regards, une certaine économie de moyens. Comment travaillez-vous la matière et la couleur ? Quelle place laissez-vous à l’intuition dans votre technique ?
Lydie Bonnaire
Je me laisse guider essentiellement par l’intuition et l’émotion. Je ne sais jamais exactement dès les premiers traits du fusain où je vais aller exactement. Le portrait vient à ma rencontre petit à petit et parfois très éloigné du travail de base. Je suis autodidacte, ce qui laisse une grande place au ressenti.
Je ne prépare pas mes palettes à l’avance, je peux imaginer une gamme de couleurs au départ et m’en détourner complètement. Il ne s’agit pas non plus d’improvisation, mais surtout d’intuition et d’émotion.
Mes portraits sont pour cela très différents.
Je travaille plutôt en aplat, ce qui m’importe c’est objectivement le visage et l’expression, mais je peux parfois m’aventurer sur des motifs et des ornements.
Catherine Pennec
Que souhaitez-vous transmettre au public à travers cette exposition Face à Face ? Quelle expérience espérez-vous offrir aux visiteurs ?
Lydie Bonnaire
J’aimerais finalement quelque chose d’assez simple, je veux dire par-là, authentique, c’est-à-dire la rencontre avec ce portrait et peut-être un dialogue à travers les regards.
Je sais que dans mes portraits se dégage de la mélancolie. Je pense que nous avons tous en nous-mêmes une certaine part de mélancolie, d’où qu’elle vienne.
Regarder le ciel ou les paysages d’Auvergne, une tendre maman, peut apporter dans le fond des yeux, ce brin de mélancolie.
C’est sûrement pour cela que j’aime beaucoup les photos anciennes, des albums de famille jaunis par le temps qu’on trouve dans des brocantes. Cela m’émeut le temps qui passe.
Et pour citer cette jolie phrase de Freud : "les mélancoliques sont des gens malades de la vérité".
Catherine Pennec
Envisagez-vous d’explorer d’autres médiums à l’avenir — photographie, sculpture, installation — ou votre recherche reste-t-elle profondément ancrée dans la peinture ?
Lydie Bonnaire
Oui cela m’intéresse beaucoup, notamment mixer la peinture à la photographie, avec une technique de superposition, des collages avec d’autres matériaux comme le sable, les végétaux, le bois.
Catherine Pennec
Selon vous, qu’y a-t-il de plus précieux dans la vie d’un artiste ? Et à l’inverse, qu’est-ce qui peut parfois être le plus déroutant ou le plus fragile ?
Lydie Bonnaire
Ce qu’il y a de plus précieux dans la vie d’un artiste, c’est d’être un artiste !
C’est une chance inouïe de pouvoir créer. Le plus déroutant ça pourrait être le syndrome de la page blanche comme on dit. Un manque d’inspiration qui peut paralyser.
Quant au plus fragile ça reste et restera toujours que la vie et le choix d’être artiste surtout à notre époque, est assez difficile. Essayer de vivre de son art n’est pas une mince affaire, c’est essentiellement dans ce sens que je trouve qu’il y a de la fragilité. Pour moi un artiste n’est pas fragile au contraire il se confronte au monde avec courage.
Catherine Pennec
Pour conclure, si vous deviez résumer aujourd’hui votre démarche en quelques mots, quels seraient-ils ?
Lydie Bonnaire
Je ne sais pas si j’ai une démarche en particulier. Ce qui est essentiel pour moi c’est de peindre, de raconter des histoires à traverser les portraits. De me raconter des histoires. Et en espérant peut-être que certains pourraient les comprendre et ainsi les partager.
La Galerie Catherine Pennec est une galerie d'art contemporain nichée au pied de la Cathédrale de Clermont-Ferrand en Auvergne. Elle présente des artistes émergents et confirmés à travers des expositions de peintures, sculptures, broderies, verreries, céramiques, photographies artistiques et installations.
réalisation du site : nivoit-multimedia.com