Théo Beaumont (1990)

Artiste verrier contemporain exposé à la Galerie Catherine Pennec à Clermont-Ferrand en Auvergne (France) en 2026 dans le cadre de la Biennale du textile du FITE.  

 

Biographie

 

Né en 1990, Théo Beaumont est un artiste verrier dont le parcours singulier conjugue rigueur scientifique, sensibilité artistique et fascination pour la matière. Formé dès l’adolescence à la verrerie scientifique, il débute à 14 ans au Lycée technique Dorian à Paris, où il obtient un CAP (2007) puis un Bac Pro (2009). Sa passion pour le verre s’ancre lors d’un été décisif en 2004, passé dans l’atelier du verrier Ludovic Guittet, au Bugue (Périgord).

 

Très tôt, il est encouragé et guidé par plusieurs figures majeures du verre, parmi lesquelles Ludovic Guittet, Alain Villechange ou encore Jean-Pierre Baquère. Ces rencontres l’aident à affiner une vision où s’entremêlent quête de pureté, curiosité technique et exigence esthétique. Le verre devient pour lui un matériau paradoxal : impossible à saisir mais extrêmement réactif au geste. Sa pratique s’apparente à un exercice d’équilibre, d’écoute et d’apaisement.

 

Installé depuis plusieurs années à Lyon, après avoir collaboré avec l’atelier Morfia fondé par Laurence Pétré, il ouvre son propre atelier dans cette ville dont l’histoire textile marque profondément son œuvre. Dès 2014, il développe ses premières créations personnelles, utilisant de fins fils de verre filé. Ce matériau, initialement pensé comme un ornement, devient la base de sa recherche plastique.

 

Les « Textiles »

 

De cette expérimentation naît la collection Textiles, où le verre, étiré jusqu’à l’épaisseur d’un cheveu, compose des trames suspendues. Ces faux tissus, réalisés entièrement à main levée, évoquent à la fois reliques anciennes, fragments de mémoire ou empreintes de suaires. Ils sont présentés sous forme de tableaux, où la lumière et le verre dialoguent dans un équilibre fragile. Théo Beaumont crée l’illusion du tissage en superposant ces fils perpendiculairement, puis en les fusionnant à la flamme du chalumeau – et non au four – pour leur conférer une dimension plus organique et intemporelle.

 

Primitif urbain

 

Plus récemment, il engage une nouvelle recherche avec la série Primitif urbain. Dans ce travail, il explore la relation entre matière et architecture en inversant les codes : le verre devient structure, tandis que le béton, paradoxalement fragile et poétique, s’y dépose. Ces pièces traduisent son regard sur la ville, espace brut et hostile mais aussi en quête d’hospitalité.

 

Une signature

 

Fils de photographe, Théo Beaumont a hérité de son père le « savoir-faire de l’instant », cette capacité à saisir la fugacité d’un geste ou d’un moment. Ses œuvres témoignent de cette attention au détail et de cette ouverture au monde. Influencé par l’art urbain, le graffiti, les techniques artisanales et la musique, il fonde sa recherche sur deux axes : la répétition du geste et l’élégance d’une ligne.

 

Aujourd’hui, installé à Lyon, il poursuit un travail où s’entrecroisent technique et poésie. Sa signature : une ligne pure, une précision du geste et une rare capacité à faire dialoguer la transparence du verre avec la souplesse textile, l’urbain avec l’intime. 

 

Expositions

 

2025 | CONDRIEU | “Biennale du Verre” | La Chapelle de la Visitation

2024 | LYON | “L’Eau à la Bouche”

2024 | TROYES | “Tressages” | Galerie Artes

2022 | LYON | “Textiles” | Biennale de Lyon

2020 | LYON | “Autour d’un fil” | Éclat de Verre

2019 | BACCARAT | “Festival de Verre au chalumeau”


Visuels des œuvres de Théo


Entretien entre Théo Beaumont et Catherine Pennec dans le cadre de l'exposition "En Découdre"

 

1. Le parcours artistique

 

Catherine Pennec : Théo, merci d’être avec nous aujourd’hui. Nous allons parler de ton parcours et de ton travail, qui sera bientôt présenté dans notre exposition En découdre, regards croisés sur le fil. Pour commencer, peux-tu nous dire comment tu es venu au verre ?

 

Théo Beaumont : Avec plaisir. J’ai commencé très jeune, à 14 ans, au Lycée technique Dorian à Paris. J’y ai obtenu un CAP puis un Bac Pro en verrerie scientifique. Mais ma passion est née un peu avant, en 2004, quand j’ai passé un été dans l’atelier de Ludovic Guittet, dans le Périgord. J’ai découvert un matériau insaisissable, exigeant, mais incroyablement réactif au geste. C’était une révélation.

 

C.P. : Et tu as rencontré sur ton chemin plusieurs figures importantes du verre ?

 

T.B. : Oui, absolument. Outre Ludovic Guittet, j’ai eu la chance de croiser Alain Villechange et Jean-Pierre Baquère. Chacun m’a transmis quelque chose de précieux. Ils m’ont appris à chercher un équilibre entre la rigueur technique, l’attention au détail et la sensibilité artistique.

 

C.P. : Tu viens donc d’une formation scientifique. Comment s’est fait le passage vers une démarche artistique plus personnelle ?

 

T.B. : Pendant longtemps, je travaillais dans un cadre strictement technique. Mais à Lyon, en intégrant l’atelier Morfia, fondé par Laurence Pétré, j’ai découvert un autre rapport au verre. Puis j’ai ouvert mon propre atelier. C’est là que j’ai commencé à explorer mes propres envies et recherches, notamment autour de l’illusion du textile.

 

2. L’univers du textile

 

C.P. : Justement, pourquoi cette fascination pour le tissu, et notamment pour le torchon ?

 

T.B. : Lyon a une histoire textile très forte, et cela m’a influencé. Au départ, j’utilisais les fils de verre pour décorer mes pièces soufflées. Puis j’ai eu l’idée de les travailler comme une matière à part entière. Le torchon m’intéresse parce qu’il est un objet humble, quotidien, presque banal. En verre, il devient mémoire figée, fragile et précieuse. Il y a une tension entre le familier et l’étrange.

 

C.P. : On imagine que c’est aussi un défi technique.

 

T.B. : Oui, un défi permanent. Le fil de verre est extrêmement fin, parfois aussi fin qu’un cheveu. Il casse très facilement, ce qui rend impossible un vrai tissage. Alors je crée une illusion de trame en superposant les fils perpendiculairement et en les fusionnant à la flamme du chalumeau. Le feu est exigeant, mais il m’oblige à être à l’écoute, à rester dans une forme d’apaisement.

 

C.P. : As-tu déjà exposé dans le milieu du textile ?

 

T.B. : Non, cela sera la première fois pour moi dans le monde du textile. 

 

3. Le dialogue

 

C.P. : Dans En découdre – quatre regards sur le fil, tu dialogueras avec Lou Salamon, qui brode des “sales bestioles”, Stefano Bianchi, qui photographie des serpillères et Vicario qui peint sur torchons. Comment perçois-tu ce dialogue ?

 

T.B. : Ce qui nous réunit, c’est notre regard sur des objets modestes du quotidien. Lou joue avec l’humour et l’irrévérence, Stefano sublime des serpillères par l’image, et moi je fige des torchons en verre, Vicario utilise comme support le torchon. Ensemble, nous décalons le regard : nous montrons la beauté dans ce qui est habituellement considéré comme banal, voire rebutant.

 

4. Les inspirations

 

C.P. : Tu travailles à Lyon, dans un atelier partagé. Qu’est-ce que cela t’apporte ?

 

T.B. : C’est un espace vivant, fait d’échanges. Être entouré d’autres créateurs me stimule, c’est une respiration. Cela nourrit ma recherche.

 

C.P. : Quels univers nourrissent ton travail, en dehors de l’atelier ?

 

T.B. : La musique m’accompagne beaucoup, du Hip-Hop au Métal en passent par le Reggae ou encore la musique classique cela rythme mon geste. Je suis aussi très marqué par le tag et le graffiti. J’aime cette énergie brute, le rapport immédiat au geste et à la ligne. Je tag moi-même dans l’ombre depuis des années, “ je suis assez obnubilé par les répétitions ”. 

 

C.P. : Ton père est photographe. Y a-t-il un lien entre son art et le tien ?

 

T.B. : Oui, il m’a appris le “savoir-faire de l’instant”, la capacité à figer un geste, un moment. C’est exactement ce que je cherche avec le verre : saisir quelque chose de fugace et le suspendre dans le temps.

 

5. Le mot de la fin

 

C.P. : Et que souhaites-tu pour cette exposition en particulier ?

 

T.B. : Pour cette exposition je souhaite faire partager une nouvelle facette de mon travail et surtout de mon approche plastique avec cette matière qui me tient à cœur qu’est le VERRE ! 

 

C.P. : Merci Théo. Nous avons hâte de découvrir tes pièces à la galerie.

 

T.B. : Merci à toi Catherine, merci pour cette opportunité d’exposer dans ta galerie !! A très vite.