Pascale Parrein (1972)

 

Artiste graveure, aquarelliste, peintre, dessinatrice contemporaine exposée à la Galerie Catherine Pennec à Clermont-Ferrand en Auvergne (France) en mai et juin 2026

  

Biographie 

 

Artiste graveure et dessinatrice, Pascale Parrein développe depuis plus de vingt-cinq ans une œuvre singulière où se rencontrent la figure humaine, l’effacement et l’intranquillité des états intérieurs. Originaire de Normandie, elle vit et travaille aujourd’hui dans la région grenobloise où elle a installé son atelier en 2003, après plusieurs années passées à Paris, à Montréal et à Orlando.

 

Son parcours est marqué par un double ancrage entre science et création artistique. Chercheuse dans les domaines de l’optoélectronique et de la photonique, elle mène parallèlement une pratique plastique exigeante. Loin de s’opposer, ces deux champs nourrissent chez elle une même attention au réel, à sa complexité et aux limites de sa perception. Cette tension entre connaissance et mystère traverse profondément son œuvre.

 

Dans ses dessins, encres et gravures – fusain, eau-forte, photogravure – apparaissent des silhouettes fragiles, souvent suspendues entre apparition et disparition. Les visages se brouillent, se dissolvent dans la matière, laissant émerger une image instable où figuratif et abstraction se mêlent. L’artiste introduit dans la représentation des gestes d’effacement, des biffures ou des arrachements qui suggèrent la part invisible du réel et traduisent une expérience intime de l’incertitude.

 

Le noir occupe une place essentielle dans son travail. Loin d’être associé à une vision sombre du monde, il devient un champ d’exploration plastique, décliné dans une grande variété de textures et de tonalités. Pascale Parrein y cherche moins l’effet spectaculaire que l’émotion silencieuse et la poésie d’une image en équilibre.

Ses œuvres ont été présentées dans de nombreuses expositions en France et à l’international – en Europe, en Amérique du Nord et en Asie – notamment lors de biennales et triennales consacrées à l’estampe et au dessin contemporain. Elles figurent aujourd’hui dans plusieurs collections publiques, parmi lesquelles celles du Musée de Carla-Bayle, de la Bibliothèque nationale du Québec ou du Frans Masereel Centrum en Belgique.

 

En 2026, la Galerie Catherine Pennec à Clermont-Ferrand présente une exposition "En Suspend" réunissant des œuvres de Pascale Parrein et du peintre Simon Blau. Ce dialogue met en lumière des résonances sensibles entre deux univers plastiques distincts mais habités par une même dimension poétique et onirique.

 

Expositions personnelles (non exhaustif)

 

2026 | ANTIBES | Résidence Collective avec Jim Manson et Paulo Bosi, Villa Fontaine

2023 | VOIRON | Les Intranquilles | Galerie Place à l’Art

2022 | GENÈVE | Par les temps qui courent | Galerie F. Fontaine

2021 | GRENOBLE | Un autre jour | Galerie du Losange

2019 | ANTIBES | Intimité | Galerie des Bains Douches

2019 | GRENOBLE | Errance | Galerie du Losange

2018 | AIX-LES-BAINS | En attendant… | Galerie Chappaz

2018 | CLAIX | Incertitude(s) | Le Déclic

2017 | LYON | Ressentir l’invisible | Galerie Catherine Mainguy

2016 | GRENOBLE | Les choses | Biennale du dessin de Saint-Laurent

2016 | GRENOBLE | Étrange beauté | Espace Rabot – Librairie Arthaud

2015 | GRENOBLE | Le temps de l’innocence | Artothèque de Grenoble

2015 | GRENOBLE | Errance | Galerie Alter Art

2013 | GRENOBLE | Illustration | Galerie des Beaux-Arts

2010 | GRENOBLE | (In)visible, installations interactives | CEA

2008 | GRENOBLE | Exposition | Brise-Glace

2007 | GRENOBLE | Portraits | Galerie Cupillard

2006 | GRENOBLE | Anonymes | Galerie Entr’Arts

2003 | ORLANDO (USA) | Face à Face | Timucua Lake

2003 | MONTRÉAL (CANADA) | Face à Face | Atelier Circulaire

2000 | PARIS | Précis de décomposition | Fondation Deutsch de la Meurthe

1997 | LA BOUILLE | Galerie du Grenier à Sel


Œuvres exposées : gravures eaux fortes, dessins, aquarelles, encres


Entretien  avec Pascale Parrein le 13 février 2026

 

1. Naissance d’une vocation entre science et art

 

Catherine : Vous êtes à la fois artiste et chercheuse en Optoelectronique, Traitement du Signal, Photonique. À quel moment le dessin s’est-il imposé comme un espace nécessaire, distinct — ou complémentaire — de la recherche scientifique ?

Diriez-vous que votre pratique artistique est une échappée, un contrepoint, ou une autre manière d’interroger le réel ?

 

Pascale : Il n’y a pas vraiment eu de ruptures, mais une certaine continuité dans le partage de mes deux activités professionnelles. J’ai étudié, pratiqué, avancé sur des projets dans les deux domaines de façon assez naturelle du point de vue intellectuel, parce qu’ils ont quand même beaucoup de points communs. Il y a notamment un fort rapport au réel et à sa représentation, à la compréhension de la complexité et des interdépendances entre les choses. Il y a la rigueur intellectuelle et le lâché prise devant ce qui nous est donné à comprendre et ce qui nous échappe. Il y a le labeur quotidien qui peut être répétitif, l’incertitude et le doute qui nous mènent parfois vers des rivages émotionnels dérangeants mais il y a surtout le plaisir d’avoir ouvert des portes, compris et réalisé.    

 

2. L’intranquillité comme moteur

 

Catherine :  Intranquille revient souvent dans votre travail. Que recouvre-t-il pour vous ?

Vos figures semblent souvent prises dans une forme de suspension, entre apparition et effacement. Que se joue-t-il dans cet entre-deux ?

 

Pascale : Il y a au moins deux références littéraires à ce mot : celle du livre autobiographique de Garouste qui relate notamment son histoire familiale et psychiatrique. Il y a aussi le titre du livre dont la traduction est discutable dans lequel Fernando Pessoa expose son quotidien sans grande particularité et dont l’errance amène dans une certaine instabilité. L’intranquillité est un terme assez insaisissable qui me semble bien convenir pour justement traduire ces états d’instabilité de la conscience, la superposition de deux états potentiellement contradictoires ( grand principe de la physique quantique ! ) , parler de quelque chose entre la présence et l’absence…. Les mots manquent parfois pour décrire ce qui se joue dans cet entre-deux, l’approche plastique pour en rendre compte n’est pas aisée non plus. Néanmoins, ce sont des expériences de vie ou des états de l’âme qui appartiennent à tout un chacun si bien que j’ose espérer que le spectateur des images y retrouvera une part de sa propre « intranquillité ».      

 

3. Le visage voilé, la silhouette fragile

 

Catherine : De nombreux visages se dissolvent, se brouillent, disparaissent dans la matière. Est- la traduction d’un manque de repères contemporain ?

 

Pascale : Ces éléments sont directement en lien avec ce qui j’ai défini autour de l’intranquillité : l’incertitude, la fragilité, l’instabilité sont des fondamentaux de la vie. On doit cohabiter avec ces notions de façon paisible et sereine, même si ce n’est pas toujours facile. Ces représentations sont là pour rendre cette cohabitation familière, acceptable comme au temps où l’on couvrait l’inexplicable et le mystérieux de magie. Ces traitements sont aussi d’ordre plastiques en ajoutant à une part de représentation figurative des biffures, des effacements, des arrachements, je tente d’exprimer la part invisible de la réalité, mais aussi d’enrichir l’image d’éléments plastiques à « forte valeur ajoutée » sur le plan visuel et émotionnel. 

 

Il ne me semble pas que le monde contemporain est en perte de repères. La science explique de plus en plus de choses, souvent selon des schémas d’expertises très circonscrits alors que le monde contemporain peine à gérer la complexité et l’incertitude. C’est pour cela qu’émergent des théories souvent simplificatrices qui sont soient complètement fausses, soient tellement simplifiées qu’elles sont inexactes. Elles se veulent surtout rassurantes parce que simples pour comprendre le présent quand il est angoissant. Elles se présentent comme des promesses fiables et rassurantes pour connaitre le futur mais ce ne sont que des mensonges. Ce n’est pas le manque de repère qui pose problèmes mais la multiplication de ces repères erronés.  

 

4. Techniques, lenteur et matière

 

Catherine : Fusain, encre, gravure, eau-forte : vos techniques semblent dialoguer avec l’idée d’effacement et de trace. Comment choisissez-vous vos médiums ?

Quelle place tient le temps dans votre processus de création ?

 

Pascale : Il y a aussi une certaine continuité dans le choix du medium. En point de départ, il y a souvent une certaine idée, des images collectées et beaucoup de croquis qui s’amoncellent dans des carnets. Ces idées sont retravaillées et combinées avec des calques par étapes successives, décalages, retournements pour construire une image. Le choix du medium y compris entre les techniques de gravures ou les techniques de dessin arrivent assez tard quand ces étapes préliminaires de construction ont avancé. Ce n’est finalement pas si important et cela est très poreux. Une idée peut finalement se concrétiser en dessin et en gravure. En final, j’aime bien que les mediums se combinent lors d’une exposition pour élargir la palette des rendus et ne pas trop s’attarder sur les questions techniques ( dans lesquelles on se perd facilement quand il y a une exposition que de gravures ! )

 

Dans le temps de création, il y a une grande part de temps invisible à regarder, à réfléchir, à construire concrétiser par des notes et des croquis dans des carnets. Je crois que c’est le temps que je préfère. Et puis viens le temps plus concret de la mise en œuvre, où il faut se confronter à la matière à la technique, à la résistance des choses à prendre la forme que l’on avait imaginée.

 

5. Ambiances et émotions

 

Catherine : Qu’aimeriez-vous que le spectateur ressente en se tenant face à vos œuvres ?

 

Pascale : J’essaie de laisser beaucoup de place au spectateur. Je ne souhaite pas trop le guider ni dans le message, ni dans ce qu’il doit ressentir. J’aimerais soit lui faire une caresse, un câlin, soit le bousculer… Je ne cherche pas la provocation, mais le seul sentiment qui me déplait de procurer est l’indifférence. C’est finalement le pire des maux.  

 

S’il m’arrive d’accompagner un spectateur, c’est au niveau du noir qui est quand même une composante essentielle de mon travail. Je n’arrive pas à laisser dire que le noir est immanquablement associé à la tristesse. J’essaie d’emmener les gens vers les mille variations que j’explore de cette couleur dans mon travail, vers son velouté désirable ou son infini.   

 

6. Art et science : porosités secrètes

 

Catherine : Votre travail de recherche en photonique influence-t-il votre rapport à la lumière, à l’ombre, à la perception ? Voyez-vous des correspondances entre l’invisible scientifique et l’indicible artistique ?

 

Pascale : Dans le travail présenté durant cette exposition, il n’y a pas vraiment de liens entre les deux domaines. D’autres projets que je mène s’intéressent plus à ces connexions entre l’art et la science. Néanmoins, je peux dire quelques mots au sujet de ce qui m’intéresse le plus dans mon travail en optique par rapport à mon travail plastique. En effet, cette discipline augmente la capacité de visualisation de l’être humain que ce soit en explorant le très petit avec la microscopie, le très lointain avec l’astronomie, mais surtout dans des plages spectrales que l’œil ne détecte pas l’UV, l’infra-rouge proche ou lointain…

 

Par ailleurs, je suis aussi fascinée par les théories physiques que ce soit quantiques ou de la relativité, des théories qui ont plus d’un siècle maintenant, qui ne font plus débat sur leur validité, mais qui interpellent toujours autant quant à leur interprétation tellement elles sont en rupture avec notre perception du monde. Quand on a conscience de tous ces aspects, on ne peut qu’être humble devant la créativité et la beauté de ce qui fait notre monde. En tant qu’artiste, on ne peut pas être dans une simple copie hyperréaliste de la réalité, quand on a conscience qu’elle est si réduite, forcément on va chercher à la dépasser même modestement.     

 

7. Dialogues et complémentarités

 

Catherine : Dans l’exposition En suspens, vos œuvres dialoguent avec celles de Simon Blau, très différentes techniquement. Qu’est-ce qui, selon vous, les relie malgré tout ?

 

Pascale : Quand vous m’avez présenté le travail de Simon, j’y ai vu assez instinctivement des territoires communs et des résonnances implicites, notamment dans le traitement du figuratif et celui de l’espace le tout pour servir une vision plutôt onirique et déstabilisante. Néanmoins, il y a aussi des différences qui vont donner à cette exposition toute sa richesse.    

 

8. Résonances culturelles

 

Catherine : Quelles musiques vous accompagnent lorsque vous dessinez ?

 

Pascale : Je suis boulimique de musique et de lecture. Quand je travaille j’aime plutôt avoir un « fond sonore » familier parce que je n’ai pas vraiment la disponibilité pour une écoute attentive. Je passe encore des CDs, souvent les mêmes, principalement des musiques à texte, du jazz et du classique. Je joue du violoncelle alors cet instrument trouve une place privilégiée dans ma discothèque. J’aime le timbre de cet instrument grave et enveloppant plus que tout autre.

 

Catherine : Y a-t-il des auteurs, des poètes ou des artistes visuels qui nourrissent votre imaginaire, consciemment ou non ?

 

Pascale : Les lectures sont aussi très éclectiques. Dans les auteurs romans, j’aime ceux dont l’écriture est incarnée où la poésie est très présente et la philosophie pas trop loin. Je pense à Paul Auster ( surtout dans ses premiers romans ), à Céline ( relire régulièrement Voyages au bout de la nuit en oubliant la biographie de l’écrivain…), André Makine, Philippe Jaenada, Albert Camus, Romain Gary, Tahar Ben Jelloun, Jean-luc Lagarce, Samuel Beckett…    

 

En ce qui concerne les références à des artistes plasticiens, le champ est très vaste aussi. Sans grande surprise je vais privilégier des artistes qui mêlent le figuratif et l’abstrait avec une composante matière et intervention physique non négligeable. Je ne vais pas faire une liste : on ne va pas s’en sortir !    

 

9. Pour conclure

 

Catherine : Si vos œuvres pouvaient murmurer une phrase au visiteur, que lui diraient-elles ?

 

Pascale : N’ayez pas peur de vous perdre et allez au-delà de la première impression.